Voilà. Le temps est mort. J'ai arrêté de compter, de dormir, de comprendre. J'ai arrêté de te regarder, tu es vain.Je sais que je vais m'engourdir, que le froid va s'insinuer en moi à force de ne plus aimer, de ne plus haïr, de ne plus penser. Je sais tout ça mais que veux tu ? Ses larmes m'ont gelé. J'aimais tant de gens, de saveurs, j'aimais les mots. J'aimais aussi pleurer sous la douche quand tu ne parlais pas ou quand mon ventre était rond. Maintenant les larmes ne viennent plus, le monstre ne gronde plus, et ça ne me manque même plus. Je ne suis plus rien qu'un morceau d'humanité, plus animal qu'autre chose, finalement. Et même mes instincts se sont à moitié éteints. S'enivrer ? Pour quoi faire ? La folie ne me manque pas. Même la honte s'est envolée, je n'ai plus peur de rien. Le vide a déjà tout pris, de toute façon. Et puis je trouve encore le moyen de me mentir à moi même. Je n'est plus que cette volonté, me mentir, et vous mentir. Et toi tu sera là demain, regardant ailleurs parce que tu la cherches, tu as encore des larmes. Et je ne saurai pas quoi dire, je n'arriverai pas à te regarder normalement parce que tu verras la vanité dans mes yeux, tu n'es pas si stupide. Et ainsi de suite jusqu'à ce que tu reviennes à toi. Je te la ramènerais rien que pour pouvoir revivre dans la jalousie, la haine, le mal. Je donnerais tout pour que le monstre gronde, que les larmes coulent; pour être encore l'autre fille.

